| Dans le blanc des fleurs |
Quelque part entre hier et demain, les fleurs de ma vie reposent sans vieillir.
Elles ont séché à l'abri des brûlures d'hiver, tout doucement. Elles ont plongé leurs blessures dans la terre, délicatement. Le temps les a saisies sans les abîmer, aussi n'ont-elles rien perdu de leur jouvence ; je les retrouve intactes comme un souvenir au matin.
Les fleurs de ma vie font un herbier qui parfois pâlit, mais jamais ne s'estompe. Il ne vire sépia que sous la caresse d'un soleil qui perce ses nuages.
Des fleurs de ma vie, il y en a des bouquets entiers. Fleurs de rien, des champs, des villes, des fleuristes. Des fleurs pour ma boutonnière de jeune homme. Des fleurs pour mes bouquets, offerts à une maman par de toutes petites mains ; puis à mon amoureuse, ma fiancée, mon épouse ; à des amis, à la table nue de mon salon vide.
Il y a là fleurs d'amour ou de réconfort ; fleurs pour pleurer sans larme, fleurs pour rire aux larmes. Des fleurs admirées, caressées, cueillies, humées ou dessinées. Des fleurs imaginées pour éclairer les ombres.
Il y a dans ma vie plus de fleurs que n'importe quoi d'autre. Même quand rien de poussait sur le sol inculte de mes années arides, des graines se glissaient entre les pavés qui scellaient mon cœur. Elles se faisaient fleurs minuscules, sous l'arrosage d'une simple larme. Et je respirais à nouveau.
| Bouquets de rien |
| Penser sous cape |
| Et au printemps se risquer |
J'écrivais il y a quelques jours à mon père :
"Il y a toujours eu des fleurs dans les yeux, les gestes, les mots de maman.
Et des fleurs, des fleurs encore sur ton bureau.
Même quand nous ne parvenions pas à parler, il y avait des fleurs entre nous."
J'ai la chance d'avoir aujourd'hui encore mes deux parents pour veiller sur mes rêves ; ils m'écrivent que mon jardin, que mes enfants sont beaux. Je commence tout juste à la mesurer, cette chance, et c'est un joli cadeau que me fait la vie.
Il y a quelques années, eux et moi échangions rarement - et sans jamais nous comprendre. Aujourd'hui, le langage des fleurs est venu nous rappeler qu'il y a sous nos pieds quelques racines entremêlées.
Nous avons trouvé les mots, et surtout les silences, pour nous parler à nouveau. Et c'est d'un sourire réuni que nous avons admiré les quatre graines devenues plantules qui grandissent sous nos yeux, et qui ont avec leurs grands-parents - qui par la légèreté du pétale, qui par le fort caractère d'une feuille dentelée - tant de différences et quelques points communs.
Les fleurs de ma vie sont la vie, et plus encore : la conscience heureuse de la vivre.
| Le miracle de la samare : quand l'arbre se fait plantule au pied d'une vivace |