Heureux qui comme Achille...
Je vous ai écrit la semaine dernière mon amour des Ombellifères. Je souhaite aujourd'hui ajouter une vertu à mon panégyrique : la générosité. En effet, au-delà de leur cas personnel, les Apiaceae m'ont offert de voyager vers d'autres sourires...
| Comme un défi à la route : les corymbes d'Achillea millefolium |
C'est dans un souffle que leur ombelles ont transporté mon cœur jusqu'aux corymbes de leurs adorables fausses jumelles : les achillées.
Les faussaires indispensables
J'écris ici "fausses jumelles", par affection - oserai-je dire : par amour ? La vérité, c'est que j'aurais tout aussi bien pu parler de faussaires.
| Vue du ciel, Achillea millefolium se donne des airs d'Apiaceae |
D'adorables faussaires, oui ! Qui se donnent des allures d'Ombellifères lorsqu'elles capturent le regard profane, fatigué ou lointain.
Il faut reconnaître que leur exquise finesse confère à leurs inflorescences d'indéniables allures d'ombelle - les rayons en moins, l'effronterie en plus. Pour compléter l'illusion, elles semblent prendre un malin plaisir à fleurir entre une ciguë et une carotte sauvage.
Comme je le dis à mes enfants au détour d'une cueillette : Rien ne ressemble plus à une Ombellifère qu'une autre Ombellifère... exceptée peut-être une achillée !
Les achillées appartiennent en réalité à la famille des Asteraceae. Surprenant, n'est-ce pas ? Ainsi, ce que l'on peut prendre pour des fleurs minuscules sont des capitules composés de multiples fleurons.
Cependant, si leur composition est complexe, leur allure est exempte d'artifice. Avec les achillées, pas de manière : elles sont d'ascendance modeste. Leurs sœurs de sève sont la Pâquerette des prés et la Tanaisie commune.
La vertu des honnêtes plantes
Mes achillées, je ne les aime jamais autant que dans leurs formes botaniques, millefolium ou ptarmica. Non que la variété offerte par l'horticulture me déplaise, bien au contraire ; mais simplement parce que je suis ému de savoir que c'est la nature seule qui m'offre le cadeau de leur beauté sauvage.
Je goûte sans me lasser au plaisir de les voir jalonner ma route. Quelle que soit la direction que j'emprunte, il se trouve toujours une achillée pour me rappeler ce que je dois à la terre.
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| Les mille pâquerettes d'Achillea crithmifolia |
Surtout, je mesure ma chance de les trouver chaque fois que j'ai besoin d'elles et de leur magie blanche.
Je ne sais pas si vous le savez, mais l'Achillée millefeuille aide à stopper les saignements. Elle est une formidable hémostatique. Il suffit pour cela d'en presser quelques feuilles entre les doigts et d'apposer le jus obtenu sur la plaie. Elle doit à cette propriété le surnom paradoxalement inquiétant d'herbe aux coupures. Les sœurs copines, qui s'y connaissent en matière de coupures et autres écorchures, peuvent témoigner de l'efficacité du procédé !
| Toi, ma sentinelle, qui veille du haut de ton corymbe |
Fleurs des chemins et des remblais ; fleurs des champs et des villages, de l'orée des bois, du fond du jardin et de mon cœur ; les achillées sont les sentinelles qui veillent sur mes enfants.
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| Ceci est un cadeau de la nature à l'enfant qui |
Elles sont aussi de merveilleuses plantes d'ornement. À mes yeux, elles symbolisent tout à la fois la modestie, la force et la fragilité conquérante. Elles incarnent le passage de l'été à l'automne, de la nature à la pépinière. Elles illustrent la passion du jardin, la tempérance du jardinier. Sa patience aussi, qu'il doit hisser à la hauteur de leur folle envie de courir dans l'herbe... Il faut bien le reconnaître : leurs rhizomes traçants ont raison du vide des plates-bandes, si bien qu'il est parfois difficile de freiner leur ardeur. Au fond, c'est une chance : elles sont les invitées indisciplinées qui offrent une petite touche d'abandon aux massifs trop stricts.
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| Née de la main des hommes : Achillea millefolium 'Terracotta' (et sa Blue Girl - NIRP 2008) |
Mes achillées sont aussi charmantes lorsqu'elles caressent les chevilles des rosiers qu'au moment d'ensoleiller prairies oubliées et talus incultes.
J'aime leur façon de se dresser vers le ciel comme pour le soutenir. Si elles n'étaient pas là, les nuages accompagneraient les feuilles mortes dans leur chute ! Heureusement, elles fleurissent jusqu'aux portes de l'hiver : à ce moment, le ciel peut bien nous tomber sur la tête, le jardin dort et le jardinier hiberne.
J'en ferais des pelouses, des bouquets, le nom de mon jardin ! Je les offrirais au vent - qui me les rendrait au centuple. Je les confierais à ma boutonnière ; je porterais haut leur impertinence !
Mais au fond je crois que si je les aime autant, c'est parce que les achillées illustrent parfaitement cette loi étrange que je fais mienne en même temps que je vieillis : l'ingrédient qui soigne nos coupures, au corps ou à l'âme, se cache souvent à nos pieds.
(J'amende cet article à mon retour de la fête des plantes de Saint-Jean de Beauregard, d'une simple photo - qui vaut mieux que tous les discours :
| Telles deux sœurs copines : Achillea millefolium 'Apricot Delight' et 'Pomegranate' |
Comment ne pas craquer, n'est-ce pas ?...)





