Dans un précédent article, j'ai abordé l'épineuse question de la cohabitation plus ou moins pacifique qui s'établit entre les enfants et le jardin. Aujourd'hui je vais étudier la question infiniment plus épineuse (pour vous donner une idée de la différence, on passe du rosier au pyracantha) de la guerre ouverte qui oppose souvent le jardin à son chien. Car le chien doit appartenir au jardin, et non l'inverse. Sinon, c'est la fin des haricots. Des haricots et de toutes les autres plantes.
I. Le jardin a une âme ; peut-on en dire autant du chien ?
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| La belle et la (belle) bête |
Aussi étrange que cela puisse paraître, le chien semble complètement insensible à la beauté du jardin. Pour lui, une ortie est sensiblement équivalente à un iris ensata. Dans sa tête de chien, c'est kif-kif. Pour éveiller l'intérêt du chien, il faudrait cultiver un hybride entre un pommier et un sac de croquettes. Pas évident, je vous l'accorde.
II. Le supplice du jardin.
Le chien n'a aucune raison particulière de respecter votre jardin. Il va donc passer ses journées à y faire des trucs de chien : détruire votre plus beau massif d'hydrangeas en poursuivant sa maudite baballe, creuser un trou au milieu des rosiers pour cacher ladite baballe, croquer des bourdons à même la lavande - et la lavande avec -, manger votre gazon anglais pour se purger et enfin, le temps de digérer toutes ces bonnes choses, confondre vos plus élégants couvre-sols avec ses toilettes privées. Bref, il va saloper en une après-midi trois saisons de travail. Convenons ensemble que c'est un tout petit peu pénible, même pour les plus patient(e)s d'entre-nous. Alors comment faire ?
III. Voici le SOS d'un jardin en détresse.
Il n'y a évidemment pas de solution miracle. La seul à même de fonctionner à coup sûr consisterait à ne pas avoir de chien. Seulement, quand on a des enfants et une maison, je crains que ce ne soit mission impossible. En ce qui me concerne, chaque année, au moment de son anniversaire, je devais expliquer à ma fille que nous ne pouvions pas adopter un chien dans un appartement car il serait malheureux. Une poignée d'anniversaires plus tard, j'achetais la maison de nos rêves... alors évidemment, à peine nos valises posées dans l'entrée, elle me demandait d'un air faussement candide : "nous allons chercher le chien maintenant ou nous prenons le goûter avant ?". Comme je suis un être aussi insensible qu'inflexible, j'ai répondu : "Après le goûter". Trois tartines plus tard, nous ramenions de la SPA un chien prêt à rendre mes enfants heureux et à détruire mon jardin.
Alors voilà, nous y sommes : le chien est là et il me faut préserver mon jardin. Le hic, c'est que toutes les solutions un tant soit peu efficaces me feraient immédiatement passer aux yeux de mes enfants pour un être cruel et mauvais (en plus d'être insensible et inflexible, ce qui fait quand même beaucoup). Construire un chenil n'est pas envisageable, laisser le chien à l'intérieur non plus, le dresser à faire la distinction entre une agapanthe et un pissenlit serait peine perdue. Alors que faire ? Bétonner les jardin ? Bétonner tous mes rêves de jardinier ? Bétonner le chien ?
IV. Sport, always.
| Est-ce une biche là-bas au fond ? Mais oui... Miam ! |
J'ai finalement eu une illumination. Une solution sans béton. Mais surtout, une solution en béton armé. Basée sur un constat simple : le principal danger du chien provient de l'alchimie particulière entre son énergie inépuisable et sa propension à ne rien comprendre au jardinage. Agir sur la seconde me paraissait dépasser largement mes compétences de pédagogue, aussi me suis-je attaqué à la première. Alors voilà : tous les matins, je me lève à l'aube, j'enfile mon plus beau pantalon de toile, une veste de survet', une paire de chaussure de marche, et je m'en vais épuiser la bête dans les collines attenantes au jardin.
Trois quarts d'heure de balade. Au pas de course. Dans la forêt.
Ce sont les trois ingrédients de ma recette. Et le soir, rebelote. Après ça, l'inépuisable sportive passe le plus clair de son temps à roupiller sur son tapis avec son canard en peluche. Moi aussi, cela dit - le canapé en plus et le canard en peluche en moins.
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| Alors, la terreur, on se repose ? |
Pendant ce temps-là, les tomates poussent, la lavande fait la bronzette, les céanothes dansent la rumba. Ainsi, mon jardin n'est (presque) pas abîmé par les assauts de son pire ennemi - avec la taupe, dont je traiterai dans un troisième chapitre. Et le pire, c'est que le temps passant, les promenades complices aidant, mes sentiments pour cette brave bête enflent à vue d’œil. Bientôt, quand je serai prêt, je lui confierai un sécateur et lui apprendrai l'art de la taille. On peut toujours rêver.
Le monde appartient à ceux qui se lèvent tôt pour rêver.

