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| Persicaria filiformis peint sur toile d'acer |
Nos deux héroïnes du dimanche appartiennent à la grande famille des Polygonaceae. Nonobstant cette incontestable parenté, les deux cousines, qui ont poussé sous des latitudes éloignées, ne se fréquentent guère. Elles sont - c'est étrange - aussi disparates qu'analogues.
Si vous le voulez bien, levons sans plus attendre le voile sur l'identité des protagonistes de notre petite scénette :
À ma gauche, sans façon ni fausse manière, simple comme au réveil des nuits estivales : Persicaria maculosa, que vous connaissez certainement sous son nom vernaculaire, qui fit trembler plus d'un jardinier, de Renouée Persicaire. Peut-être même l'avez-vous maudite quand elle se faufilait habillement entre vos rangs de vivaces ou germait dans un sourire au milieu de votre pelouse. Il faut reconnaître que notre renouée tient à sa liberté, jusqu'à en faire un usage tout à fait inconsidéré lorsque les conditions lui siéent !
Elle donne alors l'impression de bondir devant la main, une nouvelle pousse émergeant quelques centimètres plus loin, à l'instant où la précédente est arrachée. Même pour un flegmatique amoureux des herbes folles comme votre serviteur, c'est parfois troublant et - je pèse mes mots - un brin agaçant. Mais on lui pardonne malgré nous, à ce beau brin de fleur, au rose de ses joues ; on lui pardonne aussi vite qu'hélas elle repousse... sans parvenir à se montrer totalement repoussante.
| Au détour de mon gazon : Renouée Persicaire, la bondissante |
À ma droite, le port altier, la taille mannequin et la fleur raffinée : Persicaria filiformis. Ses origines japonaises n'altèrent aucunement son exceptionnelle faculté d'adaptation à nos jardins les plus revêches. Elle apprécie l'ombre, qu'elle éclaire délicatement de son filament framboise, mais goûte également la caresse d'un soleil tempéré. D'une éducation irréprochable, elle se tient, docile, à l'endroit que l'on a voulu pour elle. Elle s'y multiplie sans excès - juste assez pour entretenir la grâce des lieux.
On en fait des bouquets d'une finesse incomparable. Enfin, pour ceux - dont je ne suis pas - qui oseront la couper...
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| Vous avez dit filiforme ? Assurément ! |
Vous l'aurez compris : nos deux amies sont aussi différentes qu'on peut l'être dans le joyeux petit monde d'une famille recomposée à l'envie.
La première est une annuelle hyperactive qui prospère à l'abandon des friches joyeuses... et au-delà... ; la seconde, une vivace de bonne sève qui ne saurait mentir. On qualifie l'une d'adventice, et c'est bien ce qu'elle est ; et l'autre de plante d'ornement, ce qu'elle mérite résolument au-delà des apparences.
On découvre la renouée en grimaçant, sise au milieu d'un gazon qu'on eût rêvé anglais ; à l'inverse, on installe Persicaria filiformis à sa place de choix, au cœur de notre plus belle plate-bande - celle que l'on montrera à nos visiteurs illustres avant de les inviter à entrer.
| Feuilles de Velours et instants de soie |
Pourtant, l'image que je retiens de nos deux Polygonaceae de soie et d'émoi est celle d'une improbable harmonie sororale.
Elles sont certes des cousines éloignées - à tel point que nos jardins seuls ont le pouvoir de les réunir ; mais à l'envers de leurs robes de tout et de rien, grâce souterraine et parfaite, se cache le chant de l'Orphéon.
C'est ainsi qu'à mieux les regarder, sans façon et avec indulgence, le jardinier verra en elles deux sœurs de sève marquées du sceau de l'unisson. Il traquera l'une et plantera l'autre, mais restera frappé par leur étrange parenté.
| L'harmonie, c'est simple comme un papillon végétal |
Ce sont leurs inflorescences en épis, étirés dans un cas, ramassés dans l'autre, qui zèbrent avec une même acuité nos cœurs attendris. Et surtout : sur leurs feuilles de pêcher, une marbrure étrangement commune, accent sombre sur regard clair, nous chuchote combien elles appartiennent, sans distinction, au-delà de la main qui décide de leur sort, au vacillement de notre jardin vagabond, qui dans une valse à deux instruments se rêve virgule entre les mondes.
(Je dois tout de même préciser que, pour jolie qu'elle soit, la Renouée Persicaire se montre dans des conditions d'humidité favorables particulièrement envahissante. Toutefois son pouvoir de nuisance n'est pas comparable avec une autre cousine : la Renouée du Japon, abominable envahissante, à arracher sans hésitation ni relâche.
A contrario, Persicaria filiformis n'est aucunement débordant malgré son allure de persicaire. Il se contente d'être très joli et a toute sa place dans un massif d'ombre !)




