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mardi 4 mai 2021

Retour (de fleurs) à l'envoyeur

 

Je l'ai confessé en ces lieux sans détour : j'ai la maraude facile. Ce que je ne vous ai pas encore confié, en revanche, c'est la nitescente idée qu'a eue ma (complice de) fille pour faire de notre peccante marotte un (quasi) acte de vertu. Approchez, je vais vous révéler l'adorable secret qui conféra à nos expéditions botanico-chapardeuses des allures d'aventure. Dans quelques instants vous saurez comment, d'un coup de serpette magique, transformer le chapardage en troc ! Remontons le temps, voulez-vous ?

L'histoire se passe un frais matin d'avril. Poursuivant notre œuvre délicieuse et coupable d'une généreuse maraude printanière, nous avions entrepris de prélever un plant de mauve musquée. La délicate prospérait sise un talus proche de la maison, à l'aplomb de la voie de chemin de fer, cachée des regards par les automobiles stationnées sur le parking de la gare. Elle n'était pas exactement mise en valeur, ce qui - pour autant que ce fût nécessaire - nous libéra de nos derniers scrupules. Nous prélevâmes la belle oubliée avec une conviction que venait conforter notre parfaite bonne conscience.

Mauve en devenir

En lieu et place du plant, nous laissâmes malgré nos efforts de nivellement une petite excavation disgracieuse. Je ne vous cache pas que la chose perturba l'esprit ordonné de ma jeune complice jusque tard dans la soirée. Pour atténuer sa culpabilité, je lui confiai que notre mauve musquée n'était probablement pas sauvage ; elle avait dû s'échapper d'un jardin voisin à la faveur du vent ; aussi trouverait-elle sans difficulté sa place dans le nôtre. À peine avais-je achevé de prononcer ces mots que la demoiselle s'écria : "Eureka ! Nous allons combler ce trou avec un aster du jardin. Un prêté pour un rendu !"

Je fis immédiatement mienne cette proposition lumineuse. Loin de moi l'idée de bouleverser l'équilibre botanique des zones sauvages qui bordent ma commune. En revanche, il ne me semblait pas inopportun d'embellir ce lopin de terre tassée coincé entre la voie de chemin de fer et un trottoir disgracieux. De surcroit, ce petit coin d'herbes folles était sur le point d'être envahi par l'impitoyable séneçon du Cap. Dire que nous pouvions empêcher ça ! 

Le bel Ezo, prêt à conquérir l'Ouest par les rails

Pour ce travail, 'Ezo Murasaki' était à l'évidence l'aster de la situation. De forte santé et de port délicat, il accompagnerait la mauve musquée avec le charme et l'élégance qui lui siéent. Ils danseraient ensemble une valse à deux fleurs longue d'un plein mois d'août. La danse terminée, la mauve s'évanouirait dans les bras de son cavalier, en fleurs jusqu'aux gelées.

Aussitôt imaginé, aussitôt réalisé ! Abracadaster ! 

Nous comblâmes le fameux trou d'un Ezo Murasaki idéalement proportionné. Nous emportâmes la mauve dans un joli sac de toile. Arrivé dans notre jardin, nous lui offrîmes le gîte et le couvert - d'un arrosoir d'eau fraîche. Très naturellement, la belle entreprit de converser avec le Geranium renardii qui lui tiendrait dorénavant compagnie à l'entrée de la roseraie.


Cela fait, nous imaginâmes le futur de ce talus, en lançant loin notre esprit... Dans quelques dizaines d'années, un enfant et son père s'en iront peut-être, sac à la main et cœur battant la malice, marauder un aster 'Ezo Murasaki' sur ce même talus, songeant : "après tout, nous ne sommes pas voleurs, nous qui comblerons ce trou avec une mauve musquée de notre jardin"...

Alors, la boucle de la magie sera bouclée dans un troc magnifique : une joie d'hier pour une joie de demain font un présent heureux.


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(Par un de ces heureux hasards qui jalonnent la vie des blogs, le dernier article de Capucyne décrit à merveille notre chapardage joyeusement innocent sous le nom botanique et poétique de maraude conservatoire. CQFD !)

 

 

vendredi 12 février 2021

Je maraude, nous maraudons


"Qui vole une fougère vole un effet bœuf" m'a dit hier la plus espiègle de mes enfants.

La vérité, c'est que je suis en ce moment - à mon corps défendant bien entendu - acteur d'une singulière escalade dans cette funeste activité que l'on nomme avec malice maraudage. Tout est parti d'une malheureuse fougère, ce qui accrédite la maxime exposée en incipit.

Je l'ai raconté ici récemment : j'aime les fougères. Elles composent une famille étendue, sauvage et naturelle, sur laquelle le jardinier peut compter. Si l'on s'intéresse un peu mieux à elles, on se rend compte qu'au-delà de ce qui les rassemble - finesse, joie verdoyante et spores malicieux - les fougères présentent en outre l'avantage de se distribuer dans tous les milieux. 

Chaque jardinier aura son sourire ; chaque coin du jardin aura sa fougère ! qui verdiront allées et massifs, sous-bois et rocailles, offrant le privilège d'un clin d'œil à la nature !

C'est en marchant dans le petit bois qui jouxte le conservatoire de musique, accompagné de la cadette de ma cadette, que j'ai remarqué combien le charmant polypode commun recouvrait d'un manteau élégant les talus ombragés. Le sol sableux avait beau tenter de se dérober sous ses racines, la fougère colonisait la pente tout en la retenant. Quelle aubaine ! 

Pour une colonie, c'est une colonie !

Mesurant l'étendue de la colonie, je me surpris à penser que je pourrais sans dommage en prélever un ou deux spécimens afin qu'il effectuassent le même travail dans mon jardin, composé de deux niveaux que sépare un dénivelé fuyant. C'est comme si la forêt me parlait : "Cher jardinier, tu peux, avec parcimonie, user de mes fougères pour assurer la pérennité de ton royaume."

Ma complice synthétisa la chose avec ce mélange de franchise et d’insouciance qui la caractérise : "Hé ! Si on piquait un pied de fougère, Papa ?" 

Un cercle de couteau plus tard, je plongeai la main dans le pot de confiture et m'emparai - avec une étrange fierté saupoudrée d'une pincée de honte - d'un solide petit pied de Polypode. De retour à la maison, je le transplantai sur mon talus et pérorai, avec cette mauvaise foi qui caractérise les chapardeurs, que cette fougère était beaucoup plus belle ici, où on la remarquerait. Bref, je l'avais sortie de son anonymat pour faire d'elle la reine d'un talus. Je n'étais pas loin d'être un héros. 

Quelle différence ?

Ma chère enfant me ramena sur terre d'un sonore : "Ha ha ! joli butin Papa ! On y retourne ?"

Nous y retournâmes. Et revînmes les bras chargés d'un mahonia chétif qui ne demandait qu'à voyager jusqu'à notre jardin, et que nous plantâmes à l'entrée du sous-bois dans une plate-bande confortable avec une vue sur la rivière. Autant dire qu'il aura gagné au change.  

N'avait-t-il pas l'air malheureux ?
Et à présent le voilà qui goûte aux joies des transports en commun !

"On appelle ça une opération gagnant-gagnant" claironnai-je, avant d'entendre l'écho d'une voix enfantine : "Ha ha,  bien joué Papa ! La prochaine fois on prend un arbre ?" 

Nous laissâmes les arbres à leur forêt, mais glanâmes quelques cynorrhodons sur un églantier généreux pour fêter notre succès. Nous glissions sur une pente dangereuse. Je ne vous cache pas qu'à ce moment mon surmoi fit nettement vaciller mon ça. Autrement dit, le gendarme de ma psyché distilla à ma conscience un sentiment de doute. Soyons brefs : je culpabilisais.

Pourtant, le maraudage est vieux comme l'homme et les plantes. Mieux, il est une épice de l'enfance. En assaisonner ses vieux jours, c'est s'assurer de garder son bois jeune sous l'écorce. Inutile donc de me draper du manteau de la maxima culpa.

Le géranium voyageur

J'en étais à ce stade de mes réflexions, vagabondant dans ma forêt favorite, lorsque mon œil se fit accrocher par les feuilles caressantes d'un Geranium macrorrhizum ! Abandonnant mon auto-critique dans son œuf, je programmai immédiatement une petite expédition, songeant :

À ce rythme là, j'aurai rajeuni de dix ans avant ne survienne le printemps.


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Enfin, je partage avec vous une petite canción joyeuse et impertinente, que nous avons choisie comme hymne des maraudeurs (étant entendu, bien évidemment, que nous pratiquons cette activité avec parcimonie, ne prélevant que quelques graines si possible, privilégiant les plantes envahissantes comme celles de cet article, laissant aux stations sauvages leur pleine capacité de reproduction ; et vérifions systématiquement que les plantes que nous empruntons ne sont pas protégées).







Au pied du camphrier

Chères lectrices, lecteurs, Après bientôt quatre ans, agapanthes & camphrier va fermer sur ces dernières lignes. J'ai décidé de mig...