mercredi 21 avril 2021

Réflexions d'un printemps attendri


 

J'ai aimé, été aimé, et son cœur n'en a fait qu'à ma tête. Comme je ne savais pas si je devais en rire ou en pleurer, j'ai pleuré et j'ai ri. 

Pluie et soleil. Pluie, puis soleil. 

L'alternance fait pousser les fleurs que l'on sème ; pourquoi pas les amours assommées à la volée ?

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J'ai grandi le cœur collé contre le tien si petit, mon enfant ; mon âme frêle tenant toute entière dans ta main minuscule.

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L'objection "ça ne te regarde pas" sonne précisément comme l'aveu du contraire, doublé de l'épouvante qu'éprouvent les adultes devant la perspicacité des enfants.

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Bouton de coccinelle

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Si l'on me sommait de me qualifier en trois adjectifs, je dirais : "sincère, distrait, j'ai oublié le troisième".

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Ma vie n'a pas été avare en découvertes renversantes : mon premier vers de Rimbaud, mon premier verre de Bourgogne, la première fois que j'ai senti le souffle de mon enfant sur ma peau. Une question me taraude maintenant que je tutoie la moitié de ma vie : comment être surpris dorénavant ?

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Chaque fois que je pense avoir épuisé mes réserves de larmes ; un poème, deux notes de musique, le vol d'un oiseau, la voix d'un enfant ; une seule de ces grâces me rappelle que certaines sources sont intarissables.

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En avril, printemps et hiver dansent un curieux ballet : quand on attend des développés du premier qu'ils finissent en arabesques, le second les interrompt d'une glissade dessous-déçu. Le spectateur, lui, oscille entre le manteau et la chemisette.

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Mon printemps et ton souvenir, nos matins frais 

Le baiser de tes iris, et leur parfum et leur malice

- m'embras(s)e à feu vif !

 

 


lundi 19 avril 2021

Un écho

 

Il y a dans un jardin lointain la promesse d'un rosier. L'élu-attendu porte le nom d'Yves Piaget. C'est une magnifique création de Marie Louise Meilland, dont les fleurs froufroutantes évoquent celles des pivoines. 

La jardinière qui a choisi ce rosier (entre tous) a eu la délicatesse de me demander conseil (entre tous) au moment de le planter. Le moment propice, l'emplacement idoine ; des questions simples auxquelles je pouvais répondre. Bien que je ne connusse pas grand chose à la culture des rosiers, je lui ai confié ce pas grand chose en espérant qu'il lui servirait un peu. 

 

Sombres pensées ne résistent pas à la tiédeur du levant

 

Elle m'a avisé : il affrontera une terre pierreuse, sèche, pauvre ; il subira la cyclothymie d'un soleil glacé l'hiver, brûlant l'été. Survivra-t-il à ces conditions difficiles ? Ira-t-il jusqu'à se plaire ? Fleurira-t-il seulement jusqu'au regard de celle qui l'aura planté, nourri et arrosé ?

Je connais la femme derrière la jardinière - peut-être même lui ai-je offert autrefois quelque bouquet au cœur duquel avait chu le mien. Oui, je connais la femme derrière la jardinière, et je lui souhaite toutes les roses du monde. Elle les mérite largement, sans compter celles que je lui enverrai en pensées. C'est amusant, mélanger les roses et les pensées - c'est un peu comme si l'on offrait à une reine la modestie qu'elle ne saurait réclamer.   

 

Mes pensées sous la rose

 

J'enverrai une rose en pensée pour chacune de ses humeurs :

Les roses qui éblouissent comme un soleil d'août ; celles que l'on regarde avec le nez, les yeux clos, prisonniers d'une joie indéfinissable. Celles qui étaient plus belles encore avant d'éclore, quand leurs boutons blanc-rosé demeuraient un mystère. Les imprévisibles enfin, dont chaque aperture donne une représentation nouvelle. 

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Certains rosiers sont parfaits sans avoir besoin de l'être vraiment. S'y piquer même peut alors apparaître comme un privilège. Certaines femmes présentent cette même singularité, et la goutte vermillonne qui perla jadis à mon âme témoigne de cet achèvement.  

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Il y a dans mon jardin un rosier 'Yves Piaget'. Je l'ai planté dans la ferveur d'une faveur qui me fut faite, d'abord ; mais aussi en cas qu'une bouture devînt un jour utile à faire revivre un jumeau disparu. Car il en est des rosiers comme du reste : les chances - quoiqu'on prétende - ne sont pas équitablement distribuées.

Celui-là sera exposé aux soleils d'est et ouest à la caresse soyeuse. Ses racines seront enrobées d'une terre riche, un peu collante (je préfère : attachante). Cette glèbe sera amendée sans excès. Ce rosier sera bichonné - un peu plus encore que les autres. Il se plaira comme il me plaira. Il se plaira sans difficulté.

Je lui ai choisi pour voisins : un kalimeris 'Shogun', qui chatouillera ses branches basses sans leur ravir la vedette ; une pivoine herbacée modeste, botanique, qui masquera ses bras nus au printemps ; une euphorbe au feuillage pourpre, pour le contraste ; un beau miscanthus enfin, dans le rôle ingrat et irremplaçable de la toile de fond. 


Terre nue, cœur vêtu

 

Il fleurira à pleines roses, et je pleurerai comme un passé jeune homme devant l'ourlet fait à mon cœur. Si j'y prends garde, peut-être entendrais-je l'écho d'une émotion résonner à mon ressouvenir. 

C'est là une étrange proposition : et si Yves Piaget, rose horlogère, m'offrait un voyage dans le temps ?

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Il y a et il y aura, à plus de mille lieux l'un de l'autre, deux rosiers jumeaux, deux cœurs amis qui joueront à cache-cache - comme ils savent le faire depuis deux demi-vies.

Dans un autre langage, on dirait d'eux qu'ils sont deux voix combinées en canon à l'octave. 





dimanche 11 avril 2021

Professeur(e)



Ce week-end pluvieux est venu clôturer une semaine qui fut follement renversante. Je vais vous en raconter les péripéties !


Voici d'abord que l'hiver, dans une dernière danse macabre, est venu faire tourner la tête des tulipes. Hier droites et fières, elles se tortillent à présent dans leurs plate-bandes, tige gondolée, tête renversée vers le ciel. La douceur du fond de l'air leur a été volée, alors elles se sont mises à jouer les contorsionnistes pour que perdurent les couleurs. Les tulipes ne sont pas rancunières : en guise de revanche, elle offrent au froid ce qui lui manque - l'esprit follet du feu.



Étrange ballet que celui du jardin trop tôt réveillé... Il semble tomber dans le panneau chaque année ; n'apprend-il pas de ses erreurs ? Les hommes sont ainsi, je le savais ; mais je pensais la nature plus sage. Et bien non : la nature elle-même est le jouet de la nature. Voilà une belle démonstration de l'immanence du vivant.



Pendant que le jardin souffrait à feuilles racornies des frimas tardifs, mes enfants privés d'école hésitaient entre leur joie de voir leur père revêtir à nouveau sa blouse d'instituteur et leur déception de ne plus voir leurs amis. Quant à moi j'oscillais entre mon plaisir de redevenir professeur - plaisir semblable à celui qui fut le mien au printemps précédent - et mon empathie de savoir mes ouailles loin de leurs camarades. 

À l'issue de notre première journée d'école familiale, alors que j'allais acheter notre goûter à la boulangerie avec mes élèves, j'entendis dans la file d'attente le soupir désespéré d'un père accompagné de son petit garçon ; soupir qui m'était manifestement adressé ; et dont la tonalité outrageusement désespérée appelait de ma part un écho confirmatif. Quelque chose du genre : "Pffffffff ! Quel pétrin, tout de même, de se retrouver à devoir s'occuper de nos enfants sans pouvoir les coller devant la télé... n'est-ce pas cher compère ?". 

A contrario, j'infirmai sa détresse ostentatoire d'un sourire immense et, pour faire bonne mesure, claironnai à mon alter ego de circonstance : "quelle chance nous avons, n'est-ce pas, de faire le plus beau métier du monde pendant quelques jours ?". En échange de quoi je récoltai un silence furieux et réprobateur. Sa journée, de médiocre, semblait être devenue maudite. La mienne, de prometteuse, virait enchanteresse.

En vérité, je vous l'écris sans (trop) faire le malin : je ne parviens pas à comprendre la plainte lancinante des parents auxquels on offre le privilège de passer pour un temps derrière le miroir merveilleux de l'enseignement. Certes il faut parfois télétravailler de la main droite et instruire de la main gauche, mais l'art du jonglage n'a-t-il pas lui aussi ses charmes ?

J'en ai parfaitement conscience : je nage à contre-courant de l'humeur chagrine des parents qui frémissent à l'idée d'expliquer à leurs enfants comment former les cursives et calculer l'aire des triangles. C'est pourtant drôlement pratique pour inscrire le nom des plantes sur des ardoises et calculer la surface d'une plate-bande, non ? 

Pourtant, je suis sûr de ne pas être le seul à recevoir avec plaisir certains aléas de notre confinement nouveau. Vous autres parents qui riez comme je ris, ne trouvez-vous qu'on ne nous entend pas assez ?

C'est pourquoi je me suis dit qu'il était de mon devoir d'écrire les plaisirs d'une journée de père-télétravailleur-professeur de 3ème-CM1-CE1-grande section, histoire de contraster un peu avec le bruit ambiant qui exigerait que nous fussions unanimement désespérés de passer du temps avec nos enfants.

Voici donc égrainés quelques rires, sourires et cris d'allégresse, ingrédients d'une recette bancale qu'il convient de mélanger dans le désordre, évidemment, et dont je déploie le florilège sans prétendre à une quelconque valeur d'exemplarité.


Les récréations perdues 


Si vous voulez mon avis, ce ne sont pas les cours qui sont les plus difficiles à reproduire à la maison. Il suffit pour ça d'écouter, sentir, entendre, et surtout restituer sans réciter. Mieux : il faut se contenter d'essayer, sans prétendre réussir à faire aussi bien que ceux qui éduquent nos enfants dans les écoles de la République. Nous ne nous substituons pas ; mais nous pouvons innover. Un jardin, par exemple, fait une singulière salle de classe.


Pour les cours, j'ai trois principes : 1. faire de mon mieux (et jamais plus) ; 2. amuser mes élèves ; 3. chanter les leçons. Ainsi, j'ai non seulement la conscience tranquille, mais encore un air joyeux sur les lèvres.


A contrario, ce que je suis incapable de reproduire à la maison, ce sont les récrés. Je les remplace par des pauses, quelques jeux à l'air libre, en me félicitant d'avoir chez moi une belle fratrie pour mimer la foule des enfants délivrés par la sonnerie. Mais la saveur d'une récré nécessite un ingrédient que je n'ai pas dans mes placards : partager préalablement un certain ennui avec ses copains, qui fait de la délivrance une fête.

 

Le temps pour tant

 

La deuxième idée de ma recette bancroche, ce sont mes enfants qui me l'ont soufflée. J'aurais été bien incapable de concevoir la chose dans ma caboche étriqué d'adulte. Je veux ici parler de la vertu pédagogique de l'orthographe maltraitée. C'est un peu comme la noix de coco : un fruit passablement écœurant, mais dont vous découvrez que l'eau qu'il contient peut vous sauver de la soif.
 
Voici la genèse de la chose : ma cadette a pour l'orthographe une affinité inversement proportionnelle à celle qu'elle nourrit envers le solfège. Je m'explique : donnez-lui une partition de Fernando Sor, avec cinq dièses à l'armure, quatorze liaisons, une poignée de bécarres, quelques appoggiatures et un da capo al coda en guise de feu d'artifice ; et elle vous l’interprétera du premier coup, sans une faute. Son stylo à elle, c'est la guitare. 
 
Bref, cette jeune âme est tout le contraire de son père : malgré mes efforts, je confonds le ré avec le do et le mi avec le fa. Par contre, je m'en sors convenablement avec la dictée de Mérimée. Chacun son truc !
 

 
Pour en revenir à mon sujet, la deuxième épice qui confère à mes journées une saveur sucrée-dorée, c'est la fonction insoupçonnée des fautes d'orthographes. Vous-en doutez encore ? Et bien examinons ensemble ce cas d'espèce, qui m'a été remis ce matin d'une main délicate après que j'avais décidé de remplacer le cours de grammaire par un atelier dessin :
 


Passé l'émotion (oui, sans "e" à passé : l'invariabilité est de mise car ici passé a valeur de préposition) ; passé l'émotion donc, examinons l’œuvre d'un œil professoral. 
 
Nous pouvons noter qu'amour ne s'embarrasse pas usuellement d'un "e" final. Mais voilà un heureux prétexte pour discuter du genre du mot amour, dont on dit parfois un peu rapidement qu'il est masculin au singulier et féminin au pluriel ! En effet, si la deuxième assertion est une vérité incontestable, la première prête à discussion : un amour s'énonce certes, mais si l'on est chanceux on peut vivre une amour. 
 
Paul Valéry ne-nous parle-t-il pas de "cette amour curieuse" ? S'il nous l'écrit, c'est qu'il a dû la rencontrer. Alors moi qui aime tant aimer, j'imagine qu'elle existe, cette amour curieuse, et qu'elle est rare, précieuse, voire unique. Et dans un certain élan, il m'arrive de prétendre la connaître - quintessenciée à battement sourd.

Ensuite, observons le charme du temps pour tant. "Aimer tant" serait aimer beaucoup, certes ; mais "aimer temps", qui nous paraît incorrect au premier abord, pourrait être le secret de cette amour curieuse dont nous parlions précédemment : une amour sans fin ni début, si légère qu'elle pourrait se poser sur une branche morte. Un amour temps. Voilà pourquoi je ne changerai pas un mot, pas une lettre, pas une larme de cette déclaration.

De leurs fautes d'orthographe, chers parents, faisons des débats, des poésies, de la philosophie, du sable et d'or, et alors nos élèves nous étonneront ! Ce qui m'amène à l'assaisonnement suprême de mon école à la maison : 
 

Les chaises musicales.


Et si faire l'école à la maison nous offrait le droit de redevenir élève ? Tous les parents du monde devraient réfléchir à cela : il y a mille choses que nos enfants font mieux que nous. Pourquoi ne pas profiter du temps qu'on nous offre pour recevoir de leur part la leçon que nous méritons ?



Nous l'avons vu supra : la musique et moi sommes de simples amis. Je l'écoute, je l'aime, la chérie, mais n'en joue pas une note. Cette semaine une demoiselle haute comme trois pommes est devenue maîtresse à son tour pour m'enseigner quelques notions - les plus simples : une note qui sonne, un arpège qui exsude une émotion particulière, la sensation du pouce qui bute une belle corde grave. 
 
On nous a parlé de cadeau empoisonné ; quelle bonne blague ! j'ai cueilli cette semaine le plus frais des fruits.  
 
J'ai eu l'immense privilège d'être tour à tour professeur et élève, moi qui ne suis qu'un parent.
 

 

dimanche 4 avril 2021

Le vert amour



 

 

 

 

 

 

 

 

Ce matin, je me suis attardé un instant dans l'antichambre du sommeil. Vous savez ? Ce moment où, si le rêve n'est plus, le réveil n'est pas encore. 

C'est un endroit que l'on n'atteint pas tous les jours, loin s'en faut. Inutile d'en brandir la clé : ce jardin est un secret sans serrure ! Le hasard parfois nous y parachute... à nous de reconnaître notre chance quand elle survient, subrepticement, à pas de songe.


Dans ce narthex vaporeux flottent des idées lumineuses, oreillers de plume qui flottent et réconfortent, et répondent à des questions que nous n'avions pas jugé utile de nous poser. Ce sont des ébauches encore tièdes, à peine sorties du four, et il faut les laisser reposer. Gardons-les pour plus tard, lorsque nous serons sages !


Ce matin, alors que je vaquais dans l'élysée vaporeux j'ai vu - de mes rêves vu - ton nom écrit en lettres de nuée. Il flottait à hauteur de cœur. Je ne l’épèlerai pas ici - superstition oblige ! - mais c'était bien ton nom brodé dans un blanc duvet. 

Par mimétisme, je suis devenu nuage à mon tour. Ô te rejoindre, mon verbe-promesse ! C'était doux comme le coton, douloureux comme une pluie acide. J'étais le jouet des vents ; ils m'ont déchiré, la tête au nord, le cœur à l'ouest. Ce n'est pas facile d'être un signal de fumée.


Un souffle plus tard tu me parlais comme la brise parle aux arbres, en faisant trémuler les feuilles.


Je t'aimais, je t'aimais follement ; d'ailleurs je t'aime encore. Plus exactement, je t'aime presque - faute de pouvoir aimer toujours. Enfin, ce sont les stratus qui le prétendent ; rien ne nous oblige à les croire.

Comme tous les nuages, après avoir pleuré toute ma pluie, j'ai fini par m'évanouir dans un fondu au gris. C'était sublime et pathétique.

Mais - rappelez-vous ! - j'ai tout noté pour plus tard. Le vert amour est un tendre rameau que le temps a lignifié ; il est porteur de bourgeons dont nul ne sait s'ils feront fleurs ou feuilles.

Certains matins sont des rendez-vous : ne les ratons pas. 

 


jeudi 1 avril 2021

D'une phrase une fleur #10 - Prunus persica taoflora

Les premiers pas, les premiers mots, les premières fleurs ; balbutiait le jardin - et soudain le voilà qui se met à bavarder !



(Ce petit pêcher est une merveille annonciatrice du printemps. On en trouve trois cultivars dans le commerce, aux couleurs franches et joyeuses : un blanc éclatant, un framboise gourmand, un rose barbe-à-papa. Il ne manque à mon jardin que ce dernier... mais pas pour très longtemps. Enfin, ses petites pêches d’août sont excellentes à glaner. Beau et bon, donc !)







 

jeudi 25 mars 2021

Illusion d'optique

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Certaines photos se lisent à la façon d'un livre ouvert. Elles nous parlent sans détour ni faux-semblant. La photo qui précède mes palabres est de celles-là. 

Regardons-la ensemble :

Le père désigne à son enfant un point précis du panorama qui s'offre à leur curiosité. On imagine volontiers qu'il l'invite à observer un détail du paysage. La cible de leur intérêt est hors-champ, aussi devons-nous jouer à deviner sa nature. Est-ce un clocher ? une montagne ? un village tout entier ? un nuage en forme d'animal ? 

Peu importe : c'est un enseignement, livré sur le terrain, et dont la vertu pédagogique vibre d'évidence. Notre tableau consacre une inclination vieille comme l'humanité : un père élève son enfant, de toute sa sagesse d'adulte.

Voilà, nous avons en quelques lignes exprimé le sentiment immédiat véhiculé par l'image. Mais sommes-nous sûrs de notre lapalissade ? Nos axiomes sont-ils judicieux ? Notre interprétation est-elle la bonne ?

Vous vous en doutez : si je pose la question, c'est que la réponse est non. Cette image est trompeuse, comme le sont souvent les trop-plein d'évidence. L'histoire que je vous ai hâtivement récitée n'est pas la bonne, simplement celle qu'on aime raconter : le père dans sa plénitude enseignant à l'enfant le mystère de la vie. C'est là une parfaite illusion. 

Moi qui fus un acteur de cette scène, je vais vous en révéler la sève véritable.

 

 

Ce doigt porté vers l'horizon est interrogatif. "Est-ce là-bas ?", signifie-t-il. En vérité le père est perdu, et son fils le guide par la voix. C'est lui qui élève l'adulte assis à ses côtés, et non l'inverse.

L'homme demande haletant : où est-elle, mon fils, cette beauté qui coupe ton souffle ? Je scrute, mais ne discerne pas. Est-elle là ? ici ? plus haut ? plus bas ? plus loin ?

Et l'enfant de chuchoter : baisse ta main, papa ; il ne faut pas regarder un endroit précis, sinon tu ne verras pas.

Plus tard, l'homme laissera son doigt choir contre sa jambe, et son regard s'égarera enfin dans le paysage tout entier. 

Un père au fond n'est un enfant qui malgré ses grands-airs se désespère de pouvoir s'émerveiller comme jadis. Il traduira bientôt dans son langage de grande-personne le secret révélé par son fils : plutôt que de chercher à la saisir, il faut se laisser envahir par la beauté du monde. 




samedi 20 mars 2021

Un bouquet de jonquilles









À toi, 

Mon hiver, pas encore fané - pas encore ! - mais qui passera bientôt, comme passent les couleurs, doucettement ; 

Mon hiver envolé dont l'éclat délavé, 

Adoucit mon regard qui s'oubliant se perd ;

Au revoir d'un ami !

À toi, 

Mon printemps à peine ébauché, dissimulé sous une feuille, derrière un rideau de lierre, à l'abri d'une pierre ; et qui frémit, oscille, hésite et piétine à ma porte ;

Mais qui clopin-clopant, d'un pétale matamore, du vol infléchi de la mésange liant les arbres de son fil invisible, s'enhardit, passe une épaule, hésite, s'interrompt, puis s'installe à demi ;

Tu es ici chez toi !

À vous,

Mon printemps esquissé, ma tendresse, mon oubliée-remémorée, et mes pensées défuntes ressuscitées d'un seul semis ! savourées à proportion de la joie de lire, écouter, humer, percevoir la tendresse du monde étourdi !

À toi, mon aimée, mon hier, et toi mon présent amour, en trait d'union de mes deux mondes - est-ce seulement possible ? 

À toi et moi et nous, 

Et peut-être jusqu'à vous, 

J'offre ce bouquet de jonquilles, que je devrais appeler narcisses, mais qui seront l'exception offerte au poète, l'ami, l'homme allongé sur l'herbe cajoleuse...

Le redevenu enfant, dont le souvenir des bouquets offerts jadis a gravé dans un marbre cotonneux le joli nom de : jonquilles.

J'offre ce bouquet dont j'ai enfoui sous terre les bulbes à l'issant de l'hiver, en pensant à ce jour aujourd'hui advenu :

Le printemps des amitiés-velours.



Réflexions d'un printemps attendri

  J'ai aimé, été aimé, et son cœur n'en a fait qu'à ma tête. Comme je ne savais pas si je devais en rire ou en pleurer, j'ai...