Une amie, amoureuse pratiquante de la mer - elle s'y balade à dos de bateau - m'a récemment écrit : "tu sembles plus terrien".
| Terriens - marins quand la terre tangue |
C'est vrai, je suis plus terrien, lui ai-je répondu. Mais je demeure sensible à la mer, son mystère, sa force noyée d'immensité. J'aime sa tranquillité de faussaire, son eau qui ne dort que d'un œil - le bon ou le mauvais, allez savoir. Son calme est feint ; sa torpeur est fausse. J'admire autant que je crains son sommeil puissant et fragile.
Elle dormait - et voici que l'instant d'après, elle se fracasse en mille larmes contre la roche ! Son objectif ? Briser le quartz, dévorer le continent. Si elle n'y parvient pas, peu lui importe : elle érodera le feldspath, lentement, assurément.
La mer a le temps pour elle. On aura beau balancer tout le plastique du monde dedans, à la fin, c'est elle qui gagnera. Nous connaissons tous la couleur bleu océan de notre terre vue du ciel ; nous feignons seulement de l'oublier. La mer gagnera, j'en suis convaincu - avec ou sans ou contre les hommes.
| Fausse colère et vraie merveille |
J'ai les deux pieds dans mon jardin, je pourrais me sentir à l'abri ! claironner ! mais je demeure méfiant... Je ne me fâcherai pas avec la mer. Même absente, elle est là qui gronde ; dans ma rivière, dans l'eau du ciel. Si je la provoque, mon jardin pourrait bien dessaler, motte par motte, de l'Orge jusqu'à la Manche en passant par la Seine.
![]() |
| Rivière se fait bras de mer |
![]() |
| Du jardin à l'embouchure - quelques encablures |
La mer au loin est mon amie.
Ancré profondément dans ma terre ferme, j'aime savoir que quelque part, loin de moi, le vent secoue les criques : il passé par ici, mince filet de brise d'automne ; il ressortira par là, entre ciel et mer et terre, dans un rugissement de granit. Le vent est le vieux compagnon de la mer. Quand il se lève sur mon jardin, j'aime penser qu'il vient me visiter avant de s'en retourner la caresser.
Il reste toujours quelque chose de la mer dans le cœur de celui qui l'a fréquentée jadis. Après avoir fui Brest et m'être brûlé contre Paris la lumineuse, j'ai été un habitant-voyageur des côtes d'Armor, le temps d'une parenthèse aux frontières ennuagées. J'ai appris Plouha, Binic et la baie de Saint-Brieuc à la façon d'une poésie que l'on retient sans s'y efforcer, tant est vif le plaisir de la lire et la relire encore.
J'ai l'impression aujourd'hui d'avoir toujours connu la côte escarpée qui lie ces lieux. Elle s'est si bien imprimée dans ma mémoire qu'elle en a épousé les formes primitives. D'une certaine manière, je suis né là-bas à nouveau ; longtemps après être né ailleurs ; avant de convoler avec le Hurepoix en troisième berceau.
![]() |
| De mes limbes elles sont la lymphe - les falaises de Plouha |
| Secouez ! la mer se fera ciel. |
Vingt kilomètres, nous a-t-on accordé. Je ne vous cache pas que j'ai tendance à arrondir à la décennie supérieure. Mais cela reste un peu court pour saluer de la main une amie éloignée.
Mais peu m'importe, car si le vent souffle de la côte bleue jusqu'à ma verte forêt, peut-être recevrais-je un peu de la fleur de son sel.
La mer est mon amie au loin.
Et mon amie au loin fait pousser des plantes sur la mer. Chacun de ses courriers est plein de mots joyeux, fleurs d'amitié aux racines nues, que je replante, joyeux par ricochet, dans l'hiver accueillant de ma terre argileuse.
![]() |
| Voyage en mer lointaine |






