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vendredi 30 avril 2021

La majuscule




J'étais un tout jeune homme quand je suis devenu Papa. Je dis "Papa" et non père, car ce sont les mots des enfants qui comptent. J'écris Papa, avec une majuscule, parce que depuis que je suis Papa je n'ai plus vraiment besoin de prénom. 

Je suis devenu Papa comme on répond à un appel. C'était un cri, une délivrance... un élan ! C'était un caprice, un pari. Je ne pouvais pas savoir que tout se passerait bien. En réalité si : je le savais parfaitement, là, tout au fond de moi. Ne me demandez pas comment. Je le savais, c'est tout. Sans doute ai-je tellement ignoré le reste que j'ai su voir l'essentiel.

Je suis devenu papa avec l'intuition que cela, je saurais le faire. Pour la première fois je n'avais pas peur. Je suis devenu Papa avec une titubante et infinie confiance. Je suis devenu Papa de toute mon intuition. J'ai beaucoup d'admiration pour les parents qui n'avaient pas cette évidence chevillée au cœur, pour leur courage - moi qui n'ai pas eu besoin de courage pour devenir Papa, seulement d'insouciance. 

Je suis devenu Papa dans des circonstances qui auraient fait renoncer n'importe quelle homme doté d'un soupçon de raison. Je m'en fichais éperdument. Je n'ai écouté que mon instinct. Quand la raison se fait fumée, l'instinct devient la seule branche solide. Être Papa, c'était bon et doux ; c'était un baume apposé sur une contusion de date ancienne ; c'était un filtre aux mille couleurs déposé devant mon regard. Je suis devenu Papa et je me suis réconcilié avec le temps présent et à venir.

Devenir Papa relève d'une décision intime et personnelle. On accède à la parentalité à deux, certes, mais on peut devenir Papa au fond de soi seul - je le sais, je l'ai vécu, une fois. Ensuite seulement j'ai su partager ce privilège, trois fois. 

Je suis devenu Papa quatre fois, quatre fois pour la première fois. La vie n'a pas été avare avec moi : je suis le Papa bienheureux de quatre enfants, tous différents, chacun extraordinaire.

 


 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

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Je suis devenu Parrain sur le tard. J'écris Parrain, avec une majuscule, parce que j'entends cette majuscule quand elles m'appellent Parrain et que ce sont, là encore, les enfants qui décident. 

Et puis, ça me fait un deuxième prénom. Papa, Parrain.

Je piaffais d'impatience, mais cette joie-là n'était pas de mon ressort. J'attendais en vain qu'on vînt me solliciter. Las ! devenir Parrain se reçoit mais ne saurait se demander ! Je ne décidai donc de rien et goûtai le sel de l'attente.

Le temps a passé. Et puis en une poignée d'années deux de mes sœurs m'ont demandé de devenir le Parrain de leur benjamine. J'ai d'abord pleuré d'une émotion plus grande que moi. Ensuite, j'ai fait ce que je savais faire : j'ai pris soin de mes filleules, à ma mesure ; et j'ai joué avec elles, à ma démesure. Au-delà de la mission de (modeste et discrète) sentinelle qui est la sienne, un Parrain doit essentiellement savoir s'amuser. Il faut s'allonger sur le sol, une peluche dans la main gauche, un kapla dans la main droite, et ne penser qu'à inventer, interpréter, vivre, raconter des histoires. Chaque jour passé sur terre mérite son lot d'un millier d'histoires.

Je suis l'heureux Parrain de deux filleules vives et adorables. J'en suis honoré et fou de joie. Elles ont en commun d'être citadines, et je leur apporte des morceaux de ma campagne que nous plantons à quatre mains dans leur petit jardin. Je partage avec elles ma fantaisie, mon enfance éternelle, mon imagination à fleur de rêve. En retour, mes filleules me font le présent d'une altérité souriante, qui renverse mes vérités vacillantes. Quelle chance que la mienne ! Quelle confiance que la leur !

Je n'aurai évidemment pas assez d'une vie pour remercier mes sœurs de m'avoir choisi pour revêtir aux yeux de leur enfant le costume du rire bienveillant, alors cet article sera une bonne occasion de commencer ce travail de Sisyphe.




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Être Papa puis Parrain, c'est recevoir la vie après l'avoir donnée.

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Voilà, c'était le centième. Centième article publié sur ce blog. Merci sans compter à toutes mes lectrices et lecteurs. Sans vos yeux pour les lire, mes phrases résonneraient dans le vide. Vous me donnez foi et confiance dans la beauté du monde et des mots.


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Chères lectrices, lecteurs, Après bientôt quatre ans, agapanthes & camphrier va fermer sur ces dernières lignes. J'ai décidé de mig...