dimanche 4 avril 2021

Le vert amour



 

 

 

 

 

 

 

 

Ce matin, je me suis attardé un instant dans l'antichambre du sommeil. Vous savez ? Ce moment où, si le rêve n'est plus, le réveil n'est pas encore. 

C'est un endroit que l'on n'atteint pas tous les jours, loin s'en faut. Inutile d'en brandir la clé : ce jardin est un secret sans serrure ! Le hasard parfois nous y parachute... à nous de reconnaître notre chance quand elle survient, subrepticement, à pas de songe.


Dans ce narthex vaporeux flottent des idées lumineuses, oreillers de plume qui flottent et réconfortent, et répondent à des questions que nous n'avions pas jugé utile de nous poser. Ce sont des ébauches encore tièdes, à peine sorties du four, et il faut les laisser reposer. Gardons-les pour plus tard, lorsque nous serons sages !


Ce matin, alors que je vaquais dans l'élysée vaporeux j'ai vu - de mes rêves vu - ton nom écrit en lettres de nuée. Il flottait à hauteur de cœur. Je ne l’épèlerai pas ici - superstition oblige ! - mais c'était bien ton nom brodé dans un blanc duvet. 

Par mimétisme, je suis devenu nuage à mon tour. Ô te rejoindre, mon verbe-promesse ! C'était doux comme le coton, douloureux comme une pluie acide. J'étais le jouet des vents ; ils m'ont déchiré, la tête au nord, le cœur à l'ouest. Ce n'est pas facile d'être un signal de fumée.


Un souffle plus tard tu me parlais comme la brise parle aux arbres, en faisant trémuler les feuilles.


Je t'aimais, je t'aimais follement ; d'ailleurs je t'aime encore. Plus exactement, je t'aime presque - faute de pouvoir aimer toujours. Enfin, ce sont les stratus qui le prétendent ; rien ne nous oblige à les croire.

Comme tous les nuages, après avoir pleuré toute ma pluie, j'ai fini par m'évanouir dans un fondu au gris. C'était sublime et pathétique.

Mais - rappelez-vous ! - j'ai tout noté pour plus tard. Le vert amour est un tendre rameau que le temps a lignifié ; il est porteur de bourgeons dont nul ne sait s'ils feront fleurs ou feuilles.

Certains matins sont des rendez-vous : ne les ratons pas. 

 


12 commentaires:

  1. Haaaaaaa Amour, quand tu nous tiens, vert prometteur, rouge feu jaune soleil, bleu calme horizon.......... tu n'es que plaisir .(d'amour si joliment interprété). J'ai hâte d'être à -plus tard- pour lire , si tu nous le livres- ce que tu as noté.

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    1. Oui Chinou, toutes les couleurs de l'amour passent devant - et derrière - nos yeux. C'est la plus belle littérature qu'offre le monde.

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  2. C'est joli, et juste, ça...L'amour qui devient ligneux, ni tout à fait vivant, ni mort, en sommeil... les bourgeons viendront-ou non- au gré des vents...ou des songes !

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    1. J'avoue, Capucyne : cette fois je compte sur les songes plus que les vents. Les vents ont déjà été généreux avec moi et je n'ai pas su en saisir la caresse.

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  3. Le vert amour, que c'est doux et poétique.. Votre billet est enchanteur et fait tellement de bien à l'âme...merci

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    1. Merci Sedna, merci infiniment. L'amour est une caresse, je crois, peut-être avant tout.

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  4. Que c'est beau Pierre, le vert amour. Curieuse de savoir s'il sera fleurs ou feuilles...
    Merci pour ce beau texte qui accompagne de belles fleurs.
    Mes amitiés

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    1. Merci Denise,
      Je suis moi aussi curieux, je l'avoue. Certains bourgeons ne font ni feuille ni fleur. Mais la sève bat en-dedans.

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  5. Un très beau texte magnifiquement illustré !

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    1. Merci ! Les fleurs sont dans mes songes comme dans mon jardin, et les illustrations sont plus que des mots, comme tu l'as si bien lu.

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  6. Coucou Pierre
    Comme ton texte est beau mais pas que, il y a toujours dans tes mots beaucoup de secrets cachés et ce jardin des songes quant à lui renferme bien quelques fleurs qui s'épanouissent au gré de tes rêves éveillés
    Je te souhaite de jolis rêves pourvus qu'ils soient peuplés de fleurs étranges aux couleurs surprenantes
    Amitiés givrées d'une champagne en plein hiver

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    1. Ce que tu écris est profondément vrai. Je vieillis avec mes secrets intacts, et mon jardin est secret, intime et parfois un peu triste.
      Toi qui t'y connais en rêves, tu me lis si bien.
      Amitiés d'un soleil revenu,
      Pierre

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