vendredi 16 octobre 2020

Éloge de la tendresse

L'Amour est un escalier sans pallier ni sommet, dont chaque marche s'offre à notre foulée en même temps qu'elle s'y dérobe.

Troc-tendresse : je t'offre un baiser, et toi ton parfum

De seulement contempler cet édifice, j'ai le vertige. Il faut dire qu'il se perd dans des ciels délicieux, à une altitude connue des seuls battants et des rêveurs (rayez la mention inutile). Mon regard l'a parcouru, visité ; il en a dessiné les contours ; alors qu'allongé confortablement, le dos sur l'herbe, je jouais à deviner des animaux dans la fumée des nuages (battant / rêveur).

Mais pour ce qui est d'en entreprendre l'escalade ! pensez-vous ! 

Je ne suis pas fait de ce bois. Je me sens plus proche de la vivace timide - disparaissant chaque hiver, revenant au printemps, et d'une mesure égale - que du chêne se hissant toujours un peu plus vers la foudre.

J'ai peur de glisser, de tomber. De m'évanouir si toutefois je parvenais à grimper. Je vacille à cette simple idée. 

L'Amour est un sentiment beaucoup trop grand pour moi. Il me fait l'effet d'un vêtement dans lequel je flotte, comme si je l'avais emprunté à un autre. Je m'y sens dérisoire. Gauche, grotesque, embarrassé. Maladroit et malvenu. Je n'y suis pas à mon aise, encore moins à mon avantage. 

Vraiment. Le fleuve Amour est une source intarissable. Son fracas outrepasse la soif dérisoire de mon cœur, qui, d'une seule goutte repu, recroquevillé comme la graine du haricot, s'endort à l'abri dans sa cosse.

L'Amour est un mystère intimidant, une bête magnifique. J'ai jadis essayé de l'apprivoiser ; elle m'a mordu. La cicatrice me fait toujours souffrir alors je la cache comme je peux sous le manteau d'une pudeur maladroite. Je ne goûte plus son ivresse, son air trop vif, sa chaleur brûlante. 

Ma cime à moi, c'est la cyme des plantes de mon jardin - celle qui suppose de mettre le genou à terre pour être contemplée. Ici, l'amour se fait tendresse ; ainsi habillé, chandail léger et foulard joyeux, il a l'air presque sympathique.

Pour moi qui vis le regard à la hauteur des fleurs, la tendresse est une étrange évidence en pays de défiance. Pour elle et à travers elle - et elle seulement -, j'aborde l'amour en confiance, prestement, sans lui faire la cour.

Pas le grand Amour, non ! mais le frêle et simple, tendre parmi les tendres : celui qui a perdu sa majuscule en roulant dans l'herbe !

Moi qui n'ai jamais su aimer sans heurter, ni être aimé en retour sans trembler, j'ai appris à goûter la tendresse sous la croûte épaisse que l'ardeur forme en refroidissant. Cet amour niché tout entier dans le lit de la tendresse est un escabeau à trois ou quatre marches, tout au plus. Il permet d'accéder au parfum des rosiers grimpants ; et je mesure respirant, œil clos et narine palpitante, combien c'est immense.

La tendresse peut bien déborder : elle passe sans blesser. Preste caresse ! J'en ai en réserve, toute une cuve, dans laquelle je puise sans que jamais le niveau ne s'abaisse. J'en mets une once dans chaque poche, une louche dans chaque pièce. Je m'en barbouille le visage. Je m'y baigne sans craindre la noyade. Enfin, je m'efforce d'en distribuer les fines bulles ; qui dans un mince filet, s'échappant, éclatent sur mes lèvres ; et dont je me désaltère au passage, le cœur éclaboussé, la moue partageuse. Je restitue prestement un peu du plaisir reçu, ce qui a pour effet de décupler l'offrande. 

Tendrement

Un joie est joyeuse d'être partagée, m'a confié un jour un plus petit et plus joyeux que moi - aussi l'ai-je écouté. Pour avoir l'air sage, j'ai ajouté : la tendresse est l'instigatrice des petites joies qui font les grands sourires. Et nous avons ri tous les deux d'être complices du même rire.

(Enfin, s'il en fallait, de la tendresse faite fleurs ; quelques joies du jardin :



Ramené - subrepticement - des montagnes d'Auvergne ; un rose tendre en forme de geranium

Follement tendre : Folie de Bagatelle (Roses André Eve)

Tendre sur tendre : Kalimeris et Sedum

Sur un fond de tendresse : Lady of Shalott (David Austin roses)
Féerie se fait tendresse...

Tendre offrande à la terre brûlée

Et au milieu coule une tendresse...

Tendre poison (Aconit d'un bleu rêveur)

Attendrir le soleil

Late Love : tenderly

Écrin de tendresse et boucles d'or


Tendresse d'automne

Cœur vif et bleu tendresse

Fausse rugosité et vraie tendresse (rosier rogosa)

Quand tendresse rime avec délicatesse

Filiforme tendresse (persicaria filiformis - aster - physostegia)

Ciel tendre et fil de cuivre

Élan de tendresse (Aster 'Yubae')

Dure est la pelle ; tendre est la terre




10 commentaires:

  1. Bonjour Geontran, comme je suis heureuse de te lire à nouveau. J'ai entrouvert à plusieurs reprises la porte de ton jardin.
    Tes mots sont toujours aussi beaux et tout, chez toi, respire la tendresse.
    Ton jardin est resplendissant et chaque fleur a trouvé sa place sous des mains et des regards tendres. C'est pour cela qu'elles sont si belles.

    Très touchée, j'ai lu tes merveilleux mots et admiré tes fleurs aux couleurs de la tendresse.

    Je te souhaite un très bel automne au parfum boisé.
    Mes amitiés
    Denise

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    1. Et moi je suis heureux de lire que tu l'es de me lire à nouveau !

      Un automne au parfum boisé ? je prends !

      Belle et douce journée

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  2. Coucou Geontran
    Tu as retrouvé le goût d'écrire pour alimenter ta folle passion, celle de l'amour et de la tendresse réunies dans un jardin rempli de fleurs, douce allégresse
    Tes mots toujours sont teintés de cette touche sensible qui fait de toi un être à part, celui dans lequel naissent ceux qui ont l'âme sensible
    J'ai lu avec beaucoup de plaisir ta dernière mise en page et ce fut un plaisir que de te retrouver
    Continu s'il te plait à nous faire rêver car avec de jolis mots tu conte si bien la beauté du monde
    Mes amitiés nocturnes, la nuit n'est jamais mon amie
    Des bises envolées

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    1. C'est vrai, le goût des phrases est revenu ! La beauté de ce monde a l'avantage de ne jamais s'éteindre ; c'est nous qui parfois ne savons plus la voir.

      Ah, la nuit ! il faudra que j'écrive la nuit !

      Je te souhaite une belle matinée, un bon après-midi, une douce soirée. Et une agréable nuit !

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  3. Bonjour Geontran ,
    Venir se promener dans votre jardin est un délice de mots gorgés de fine de douce tendresse accompagné d'un merveilleux regard sur le monde qui vous entoure. Merci de votre visite chez Regards croisés. Belle et tendre journée en compagnie de votre Amour.

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    1. Bonjour Canard Jaune,

      Merci pour ce commentaire plein de délicatesse.
      Le monde qui nous entoure n'est-il pas un enchantement quand on y prête attention ?

      Belle journée de brise automnale.

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  4. Te revoilà et revoilà tes fleurs, mêlées au parfum de ta délicatesse...délicatesse aussi de cette merveilleuse petite fille !

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    1. Bonjour Capucyne,

      J'aime beaucoup le mot délicatesse. Il est tendre, comme est délicate la tendresse.
      Merci !

      (La délicatesse de mon fils fait bien souvent de lui une petite fille. Ses beaux cheveux longs complètent l'illusion.)

      Belle et délicate journée, donc.

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  5. Bonsoir Geontran,
    je viens sur ton blog et découvre tes derniers articles, je m'étais abonnée pour les recevoir, il y a eu un souci apparemment. Je persiste et viens de me réabonner !
    Quel bonheur de te lire, je ne veux pas être indiscrète, peux-tu exprimer tout ton talent de poète/écrivain dans ton quotidien ? tu mettrais tant de bonheur dans le coeur et l'esprit des enfants et des plus grands...
    Je te souhaite une bonne fin de semaine, ici en bord de Rance il y a un magnifique soleil depuis deux jours, j'espère que tu as pu profiter de la Bretagne ces derniers mois.

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    1. Bonjour Céline,

      Oui, les abonnements semblent disparaître d'eux-même sur blogger. Je suis donc d'autant plus ravi de te lire ici !

      J'exprime mon goût pour les lettre sur ce blog seulement. Mais j'ai la chance d'avoir un quotidien empli de la joie d'être un père, un époux, un ami, un amoureux de la nature qui m'entoure... et un jardinier de son petit royaume. C'est immense !

      Tout de même. J'exerce un métier en parfaite contradiction avec mes aspirations profondes et souvent je rêve d'échapper à mes fers. En ce moment j'ai plusieurs projets d'écriture et je compte beaucoup sur l'hiver pour m'y atteler avec le sérieux qui convient !

      Je suis allé en Bretagne, en sauts de puce. J'espère que le printemps prochain sera propice aux voyages. Le sable me manque un peu et les rochers beaucoup !

      Je te souhaite une très belle journée en bord de Rance. Tu vis dans une région magnifique.

      Profite bien d'un heureux week-end d'automne en Bretagne, Céline,

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