vendredi 5 octobre 2018

Un peu d'été dans notre automne.

Je n'aime pas l'été qui rugit. Le soleil haut, brûlant ; le sol tanné, la terre tassée, l'étau des chaleurs continentales qui presse nos têtes moites. La sensation qui nous gagne de nous évaporer en même temps que la rosée. La pelouse qui grille sous nos yeux impuissants. Qui hurle son urgence dans le vide des réservoirs d'eau.

la sècheresse hélas assèche
À moitié plein, à moitié vide...

Je n'aime pas l'été qui s'allonge, s’alanguit. Les fleurs qui souffrent, agonisent ; les rivières qui se heurtent à leur lit, rasent le sol, raclent leur gorge et meurent de soif. Le jardinier qui choisit, l'arrosoir à moitié plein, le cœur à moitié vide, les plantes qu'il sauvera et celles qu'il laissera à la merci de la sécheresse. 

Je n'aime pas l'été qui s'éternise. Les animaux qui somnolent, langue pendante et poil humide. Les nuits trop courtes, épuisées, qui peinent à refroidir et ne dorment que d'un œil. Les arbres qui ont tout juste assez de fraîcheur pour eux-mêmes. La nature qui souffre, se fissure, se fendille au four de midi. Le jardin qui crie sa soif. Les coutures de la terre qui craquent.

achillées tanaisies
Au déclin de l'été

J'aime l'été déclinant. Quand se lève une curieuse ambiance de fin de règne. Quand se soulève l'espoir de voir le tyran fatigué tirer sa révérence. Quand s'enhardissent les premières fraîcheurs matinales. Elles s'aventurent hors de leur cachette à mesure que le jour recule.
 
Le jardin retient son souffle. Bientôt, il retrouvera son teint de pomme verte. Le jardinier, lui, prend son souffle. Il sort de sa maison, quitte son antre. Il s'émerveille des cueillettes tardives et délicieuses. 

remonté de fraises
Souvenir d'été


Il se régale des fraises qui remontent quand les températures, elles, hésitent à baisser ; des tomates, encore chaudes des langueurs estivales, qui se décrochent sans peine et tombent dans les mains tièdes ; des haricots ventrus qui s'offrent à l'appétit retrouvé. 

on l'aime violet, notre haricot vert
Violet-ventripotent, haricot d'automne

cueillette d'automne, haricot, tomate, carotte
Cueillette d'automne, sourire estival

J'aime l'automne qui chasse l'été. Dans un frémissement de feuilles mortes. Sans ménagement, mais avec une infinie douceur. Les asters qui scintillent dans la nuit ; la nuit qui chaque jour avance d'un pas. Les couleurs de terre cuite, de pierres brutes, les ors et les ocres, oranges flamboyants, orages écarlates. La forêt qui paraît grandir, embraser le ciel, bruisser de joie, brûler d'une flamme sans feu. Les premières pluies fines d'octobre qui apaisent le front enfiévré des rudbeckias.  

Polygonum filiforme et aster lady in black : dentelle sur dentelle

J'aime quand l'été s'invite en automne, sans trop y croire. Un, deux, trois jours, ça y est, les températures remontent ! L'été est revenu ! Mais non, la fraîcheur du matin nous rappelle que cet été là n'est pas l'été d'hier. Aujourd'hui, il est un visiteur, invité silencieux, locataire de la seule après-midi. 

Il est s'en est allé, le temps des cerises ! Il s'en est allé jusqu'à l'année prochaine.


Aster Asran, de mille feux

Il ne nous semble plus si terrifiant, à présent ! Après tout, nous avons cette année encore surmonté l'épreuve de son brasier. Le gazon, déjà, reprend de la couleur. Un dernier vert pour la route ? S'il vous plaît, oui. 

Alors nous goûtons le meilleur, qui n'est pas à venir car il est là, avec nous, devant nous, dans chaque jour, chaque seconde, chaque goutte d'air frais, chaque souffle d'eau tiède. 

Allez, une dernière grappe de tomates, peau fraiche et chaire tendre, et l'été nous quittera pour de bon ! En attendant, ses derniers feux se font caresse sur nos corps refroidis. 

Nous sommes comme ça, nous, les jardiniers : nous acceptons volontiers une petite dose d'été dans notre automne.
  
Car qui sait : peut-être aurons-nous la joie de recevoir, dans un retour de politesse, un peu d'automne dans le prochain été... ?


13 commentaires:

  1. Réponses
    1. Merci ! Je n'ai pas de mérite : les saisons sont une source d'inspiration insondable. Et notre jardin leur offre une caisse de résonance sans égale.

      À bientôt !

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  2. il n'y a que les jardiniers qui peuvent écrire de tels mots, si justes et si poétiques..
    bravo! je suis encore une fois sous le charme,
    bon WE et à bientôt Geontran

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    1. Et moi je suis sous le charme de ces gentils compliments. Merci ! Je crois profondément que jardiner nous met en contact avec le fond de notre personnalité. Ce petit bout de nous, sensible, fragile, qui a besoin de la nature pour oublier de se cacher.

      Belle journée, Catherine ; douce et fraîche à la fois.

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  3. Avec une si jolie prose poétique voici que grâce à toi, l'automne s'invite au jardin aujourd'hui Géotran! Première flambée dans la cheminée, devant l'entrée une énooooorme flaque et la pluie qui fait des claquettes. L'occasion toute trouvée pour glander derrière la vitre et rêver à cette saison reine de la mélancolie. "Les sanglots longs des violons ". J'aime quand l'été indien s'invite avec parcimonie point trop quand l'automne rend visite au printemps. Hier encore je n'avais pas vingt ans, il faisait chaud comme le feu du diable et la jardinière suait à remplir quelques six brouettées dans ses minis carrés gourmands qu'elle espère au printemps. Ainsi va la vie, le défilé des saisons et hélas celui des années. En te souhaitant un doux week-end entouré de ta magnifique petite famille.

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    1. Oh ; comme tu as de la chance ! Ici, les averses promises et attendues se sont faites gouttelettes... Mais la fraîcheur de la nuit aidant, on sent que le taux d'humidité monte un peu. Et les plantes de respirer... Et le jardinier, la jardinière, de poser quelques minutes ses gants pour profiter de sa cheminée.

      N'est-ce pas, nous n'avons pas vingt ans quand nous jardinons ! Le défilé des années n'est rien quand nous profitons de chaque seconde de chaque saison. Nous sommes partie du mouvement, et c'est tant mieux car c'est ce qui donne de la valeur à l'instant.

      Belle et douce, et bonne journée, Maryline.

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  4. Coucou Geontran
    J'adore venir "lire" dans ton jardin de poète, c'est beau, chaleureux, accueillant et tellement apaisant
    Tu sais que tu m'as fait pensé aux histoires de film un peu fantastique, un peu féerique et de suite j'ai pensé à une musique de la série Game Of Thrones "winter as come", c'est un peu ça cet été 2018, la conquête vers le royaume de la fraîcheur, les brumes qui s'étalent de langueur dans les jardins encore chaud de cet été brûlant et oh combien destructeur, la sève a eu du mal à s'écouler dans le coeur serré des végétaux assoiffés mais peut être bientôt rassasiés par les ondées annoncées, c'est un peu la vie qui reprend, un petit gout de doucement et de pas trop vite
    Sachons être patients, les froids reviendront et bientôt couvriront nos corps de chaire de poule, il faudra bien ressortir les petites laines qui réchaufferont nos os gelés..
    Belle et douce soirée à toi heureux conteur qui sait si bien évoquer le bonheur de la vie

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    1. Ce petit coin de jardin t'est et te sera toujours ouvert. Il est fait pour qu'on s'y invite comme dans une clairière, à l'abri des vents tempétueux qui soufflent parfois sur nos têtes. Je suis profondément touché de lire que tu le trouves apaisant. Oui, cela me parle, infiniment.

      J'aime bien le "petit goût de pas trop vite" que tu écris. Cela me plaît de prendre ce temps qui n'est jamais perdu ; ce temps de rien, ce temps de nous et de tout.

      Je te souhaite la douceur d'une journée d'automne colorée d'un soupçon d'été.

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  5. Bonjour Geontran, tes racines Brestoises ne trouvent pas le chemin de la source, tarie par cet été incendiaire. L'automne t'apporte une fraîcheur bienvenue et le jardinier a su préserver quelques fleurs pour l'accueillir. Asran est si beau, qui sait, peut-être vais-je le croiser aujourd'hui au vallon du Stang-Alar où se déroulent "Les Plantomnales"! Ta supplique est belle, les pluies viendront, sensibles à cet appel du poète et moi, je te souhaiterai quelques rayons pour profiter encore un peu de ce jardin qui raconte les joies partagées d'une famille si attachante. Bon dimanche Geontran, bises de Brest :-)

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    1. Bonjour Nathalie,

      Tu croiseras peut-être mon âme au vallon du Stang-Alar : quand je travaille, je la laisse volontiers s'y promener en rêves... C'est un des plus beaux endroits que je connaisse.

      Ah, les pluies cette année se font si rares... Je crois qu'à la prochaine averse je sortirai me faire tremper jusqu'à l'os. En attendant, je m'efforce d'apprivoiser le soleil...et d'arroser avec parcimonie.

      Bises brestoises de Paris !

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  6. C'est vrai que la période actuelle n'est pas désagréable. Si je savoure la douceur et les rayons de soleil, la pluie manque cruellement tout de même. Je n'étais pas là ce week-end mais j'ai l'impression qu'aucun nuage n'est venu déverser son eau sur mon jardin...

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    1. Bonjour Estelle,

      Je crois effectivement que les nuages ont été bien économes en eau ce week-end. Quelques gouttes dans la nuit de samedi à dimanche. Quelques gouttes, pas plus. Rien de bien reverdissant... Mais le soleil aujourd'hui n'est pas désagréable ; alors j'en deviens philosophe et apprends la patience.

      Souhaitons tout de même le retour de la pluie, la vraie, cette semaine. Les portes de nos jardins lui sont ouvertes !

      Amitiés ensoleillées,

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