vendredi 14 septembre 2018

L'appel de (m)a nature

De la bouche des enfants


Ce matin, j'ai surpris une conversation entre les deux sœurs-copines. Alors que nous nous préparions pour notre petite balade habituelle, elles bavardaient nonchalamment en enfilant leur chaussure droite à leur pied gauche. La routine, quoi.



Black baccara, révélateur de secrets
  
Oh ! Loin de moi l'idée de les espionner, ne vous offusquez pas ! Simplement, les sœurs-copines ont coutume de beugler leurs secrets avec la discrétion d'une paire de loups-garous un soir de pleine lune : à moins de vivre avec un casque anti-bruit soudé aux oreilles, il est impossible d'échapper à leur sens aigu du commentaire. Pour le pire, parfois, et souvent le meilleur. 

Je vous livre verbatim le dialogue matutinal des deux frangines.

Cadette, à son aînée : "Dis, copine, tu sais ce qu'il fait comme métier, papa ?

Réponse de la sœur vénérable : Bien sûr, quelle question : Papa est papa [elle réfléchit, semble considérer la question]. Il s'occupe de nous, donc [elle fronce les sourcils, frappée par l'ampleur de la tâche]. Quel boulot ! Je ne l'envie pas.

Jeune sœur copine, dubitative : Mais, il ne fait pas que ça, quand même ? Quand on est à l'école, il s'occupe comment ? Il dort ? Il cherche des trèfles à quatre feuilles ?

Ancienne et sage sœur copine : Oui ; ça et d'autres trucs. Il taille, bine, nourrit, multiplie, repique, plante, arrose, arase, tond, greffe, bouture, sème, bêche... En fait, il est jardinier.

Jeune sœur copine, à présent convaincue : Ah oui, c'est vrai : il a toujours les mains pleines de terre et il marmonne des trucs bizarres en latin. Ceci explique cela. Merci copine. Dis, maintenant que tu m'as mise au parfum, si on jetait des cailloux sur la voiture ? "

Je vous épargne la suite de la conversation, qui peut se résumer à un débat (que j'ai personnellement trouvé fâcheux) sur le fait de savoir s'il fallait viser le pare-brise ou la vitre arrière-gauche de ladite voiture - qui se trouve être la mienne.

Mon chemin de traverse


En fait, l'information qui a retenu mon attention est la suivante : mes enfants me voient comme un papa doublé d'un jardinier. Ni plus, ni moins.


sentier de bord de mer
L'appel du chemin

Si mes filles ont choisi de me résumer à ces deux occupations - et par là d'oublier mon métier, car j'en ai un - c'est probablement parce qu'à leurs yeux il ne s'insère pas dans le puzzle de ma vie. Pour tout vous dire, je ne suis pas loin de partager leur analyse. 

Eurêka ! Sous le tas des feuilles des fausses évidences se trouve ma vérité. Je suis papa et jardinier. Jardinier et papa. Une maille à l'envers, une maille à l'endroit ; ainsi tricotent les vies épanouies.

carotte sauvage sur son talus
Si je tends l'oreille, je l'entends qui m'appelle


Dans les yeux de mes enfants, les choses coulent de source. Dans le bleu de leur iris, il y a cette affirmation : on doit être ce que l'on aime. Dans l'ébène de leur pupille, il y a cette injonction : va, cours, vis en résonance avec tes chères vieilles aspirations. 

Après tout, il n'y a pas d'âge pour retrouver en nous l'Ariane qui tissera le plan d'évasion de notre petit labyrinthe intérieur. Être papa et jardinier, oui, et l'être tout à fait - l'idée est à présent accrochée à une aspérité de mon esprit.

acer palmatum en pot
Vie en chantier - to be continued !

12 commentaires:

  1. Bonjour Geontran, ton billet me touche beaucoup, il est beau et plein de tendresse pour tes petites filles. Papa et jardinier, voilà deux magnifiques occupations.
    Ton bouton de rose black baccara et superbe et je me réjouis de voir cette rose épanouie. Comme j'aimerais cheminer sur ce joli sentier.
    Profite de tes enfants qui grandissent très vite avec leurs joyeux babilles. Merci aussi pour tes mots, c'est du bonheur de te lire.
    Je te souhaite un très beau week-end avec mes amitiés.

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    1. Bonjour Denise,

      Merci de ces mots qui réchauffent dans le frais du lundi matin !
      C'est vrai qu’ils grandissent vite ; mais au fond, c’est à nous de prendre le temps de grandir avec eux... car il n’y a pas d'âge pour avancer avec l’instant !

      J’ai hâte de voir black baccara s’épanouir : c’est une rose qui prend son temps, elle aussi ! Du bouton à la fleur, il y a une longue période de bonheur.

      Mes amitiés en retour en ce lundi matin ensoleillé.

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  2. Elles m'ont fait sourire les sœurs copines :-) Les enfants ont cette lucidité qu'il nous manque parfois.

    Mes enfants savent que je ne suis pas à ma place. On en parle souvent, parce que je ne souhaite pas qu'il leur arrive la même chose. Même si on demande déjà à mon collégien ce qu'il veut faire dans l'avenir… Comment veux tu qu'il réponde déjà à cette question !? Enfin… j'arrête de râler ;-)

    Toujours est-il que maintenant que tu sais que ton métier c'est jardinier, je suis curieuse de voir comment tu vas faire pour l'être tout à fait ;-)

    Tu connais les serre de Vervilles tout prêt de chez nous ? J'avais même envisagé de leur demander (les supplier) de m'embaucher… Mais je n'ai jamais osé ;-)

    Profites bien de ton métier ce week-end avant de remettre ton déguisement lundi :-)

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    1. Tu as raison, le plus important, c’est de ne pas faire semblant, de dire les choses sans trop de détours. Au fond, c’est tout simple : mes enfants me voient jardinier car je parle en jardinier. Je ne triche pas avec eux, je leur dis sans far ce que j’aime et ce qui m’ennuie.

      Ne pas se détourner de ses inclinations. C'est ce que j’ai conseillé à ma collégienne, à qui on demande également ce qu’elle souhaite faire plus tard : contente-toi de ne pas tomber trop loin de toi-même, et ça devrait aller.

      Oui, je connais les serres de Verville. Pourquoi n’as-tu pas osé ? Ta passion vaut toutes les qualifications du monde. Parfois, on est surpris par les gens. Ça vaut la peine d’être tenté ! De mon côté, après avoir longtemps réfléchi, j’ai commencé à concrétiser ma reconversion potentielle, via une formation. J’en parlerai ici, promis.

      Bon lundi, frais et clair, Estelle !

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    2. Alors il me tarde de savoir… :-)
      Bon lundi G.

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  3. Coucou Géontran
    Bon je ne te re-dirais pas combien j'apprécie ton phrasé et les mots que tu sais si bien lier, en fait c'est ce que je suis en train de faire ;-)
    J'ai beaucoup rigolé en lisant ce nouveau post, c'est toujours plein d'anecdotes et de ces petites choses qui font une vie bien remplie, je l'ai même lu à ma famille qui a rigolé à la lecture des échanges de tes poucinettes, un régal
    C'est ce qu'il y a de bien avec les enfants, ils sont innocents et légers comme le vent, ils ne se compliquent pas l'existence de choses futiles mais vont à l'essentiel avec leurs interrogations joyeuses d'enfants heureux de vivre
    Continue à leur inculquer cette part de rêve et d'imagination, c'est devenu tellement rare dans notre société renfermée et moribonde, cela contribue à leur épanouissement ce qui fera d'eux un jour, des adultes bien dans leur tête et leur vie
    Merci pour ces mots si bien choisis et que j'apprécie
    Douce journée à toi

    P.S. c'est vraiment bien de te lire à nouveau

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    1. Alors je ne te re-dirai pas combien tes mots gentils me touchent... mais te le dis quand même, parce que c’est ce qui donne du sens à ce que j’écris.

      C’est exactement ça : ne jamais oublier de rêver, d’imaginer. On nous parle sans cesse de faire, prendre, acheter. Il faut aussi regarder, voir, penser - et ne pas penser -, contempler, tout simplement. Les enfants portent ça en eux, spontanément. Il faut le cultiver. Je crois que je suis resté un môme, au fond... et ça me va très bien !

      Un tout joli lundi, au très grand plaisir de te lire,
      Geontran.

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  4. Ces petites filles-jacasses ont un regard plein de bienveillance et de clairvoyance sur leur papa-jardinier-poète-rêveur. Elles sont des apprenties jardinières déjà bien accomplies avec ce jargon "jardinesque", la relève est assurée :-)La chute est une petite blague quand elles ont compris que des oreilles attentives espionnaient leur conversation ;-) Elles ne t'ont jamais vu dans ton travail secondaire, dans un bureau! donc pour elles, cela n'existe pas... Bon dimanche, Bienheureux papa de si touchantes petites filles

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    1. Bonjour Nathalie !

      Oh, elles savent très bien que je laisse traîner mon oreille. Surtout la cadette, qui me fait passer des messages comme ça, en discutant avec sa sœur suffisamment fort pour que je l’entende !

      Elle m’a vu, elle, dans mon bureau, pendant une semaine. C'était il y a plus d’un an, j’occupais un précédent poste. Elle avait une blessure à la joue et je devais la garder près de moi. Quand elle en parle, elle raconte toujours les mêmes moments : les deux heures du déjeuner, que nous passions dans la roseraie d’un jardin proche, à manger des sushis, nous raconter des histoires et sentir les fleurs. Alors, oui, définitivement, elle voit son père comme il est !

      Bonne journée d’un été vacillant, Nathalie.

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  5. C'est quand tu parles de tes filles que tu te surpasses encore, ta prose poétique en devient littéralement le langage du cœur. Vos âmes fusionnent si bien, elles ont déjà un incroyable vocabulaire ces copines-sœurs, j'adore l'expression ! Elles sont bien les dignes filles du papa ! Quel plaisir de lecture tu nous offres là ! On en redemande de cette complicité là ! Une belle semaine et tout d'abord un excellent week-end familial0

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    1. Bonjour Maryline,

      Je suis très content de te lire ! Mes enfants sont une inépuisable source d’inspiration, directement reliée à mon coeur. C’est vrai qu’elles sont complices, ces deux là ... même quand elles se disputent. Je romance un peu leurs conversations, mais à peine : leur façon de parler est bien celle-là. La cadette, surtout, a des sorties improbables ; je crois qu’elle a vraiment un don, un sens de la formule rare.

      Les sœurs copines sont toujours en mouvement. Et le spectacle de leur entente vaut plus que l’or du monde.

      Je te souhaite un bon début de semaine !

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