mercredi 2 août 2017

De ci de l'air

Quand le jardinier s'assoupit, il n'est pas rare qu'il se dise que, quand même, avoir des enfants c'est :
 

joli plant de basilic vert tendre dans un carré potager
Et bien ! Voici un basilic conquérant !
- Vivre avec la crainte de voir le travail d'une saison réduit à néant à cause d'une seule minute d'inattention. Prenez le basilic par exemple, que vous avez su préserver des insectes, cajoler dans le sens des feuilles, réchauffer dans vos bras de velours quand les nuits étaient fraiches, endormir chaque soir en lui racontant des histoires de petits basilics dévorés par des humains. Et bien, ce basilic fier et superbe, il suffit que votre progéniture décide de jouer à garer le cabriolet de Ken et Barbie dans le carré potager pour lui faire vos adieux. Pas facile à avaler, hein : à cause d'un créneau manqué par cet empoté de Ken, vous en serez quitte pour attendre une bonne année avant de pouvoir déposer une feuille de ce trésor aux yeux verts dans votre gaspacho.

- Anticiper toutes les vaisselles de 6 heures car le petit dernier a bloqué le lave-vaisselle sur ce délai de lancement différé. En quelque sorte, un programmateur d'arrosage défectueux de plus à prendre en compte. Comme si on avait besoin de ça.
 

- Prendre un abonnement aux urgences. Inévitable à partir du troisième enfant. Car à trop planquer la serpette, la cisaille, la scie d'élagage et la hachette, on finit toujours par oublier un râteau ou deux dans le jardin. Pendant qu'on surveille une môme de l’œil droit et une deuxième de l’œil gauche, la troisième file droit sur le râteau en beuglant "libérée, délivréééééééée". Et pan dans les dents de lait. Et bim, deux heures de perdues alors que vous aviez justement prévu de tailler le houx crénelé.
"C'est encore vous, Monsieur Geontran ? C'est pour laquelle, cette fois-ci, numéro 3 ? Faites gaffe, c'est fragile ces machins là !
- Merci Docteur, je sais, je n'aurais jamais dû la sortir de la boîte dans laquelle on me l'a livrée."
 

- Passer en une seconde du parfum suave et enveloppant d'un rosier "Papa Meilland" à celui tout aussi enveloppant mais un rien moins suave d'une table à langer munie de son bébé à langer.
 

- Un incessant combat intérieur entre le jardinier et le papa poule. 

Le moi jardinier : "Elle a arraché tous les géraniums rozanne ! Elle l'a fait exprès, je l'ai vue sourire ! Rends-la au magasin avant qu'elle ne finisse le boulot !  

Le moi papa poule : - Bien sûr qu'elle a fait exprès : c'était pour me faire un bouquet. Elle est choupinou, tu trouves pas ?
 

Jardinier : - Choupinou ? T'as fondu un fusible ? Les rosiers sont jambes nues maintenant ! Tant que tu y es, tu veux pas lui passer ton sécateur et la laisser en tête à tête avec notre cardiandra "pink geisha"  ?"
 

Papa poule : - Un bouquet de pink geisha ? Choupinouuuuuuuu !
 

Jardinier : Va prendre une douche, mon vieux. Je surveille le cardiandra."
 

 Mais voilà, avoir des enfants, c'est aussi ; et c'est surtout :
 


jolie petite fille à jupe rose qui arrose le basilic avec son arrosoir violet
De l'air, mademoiselle, de l'air ! - Voici, mon jeune ami.
- Cette petite larme de bonheur parfait qui vous coule sur la joue quand une main délicate décide d'arroser le basilic avec de l'air. De l'air, rien que de l'air, de l'air de rien ; tout ce qu'il faut au basilic pour s'épanouir à distance respectable des excès d'eau et des limaces. Le gaspacho n'a qu'à bien se tenir.

2 commentaires:

  1. 100% d'accord sur tout! Les urgences, les outils oubliés dans le jardin. mais c'est aussi une belle ėcole de la vie. J'ai des photos où mes loulous jardinent, quel bonheur, elles ont quelque chose en plus. Mes 2 petits adorent le jardin, ma cadette connait les noms des rosiers et de la plupart des plantes. L'aînée n'en avait rien à faire jusqu'à récemment. Elle se met à la patisserie et va voir au jardin si par hasard il y en a... Et puis j'ai un nouvel appareil photo, rien de tel que des fleurs pour s'entraîner... C'est idiot mais je suis ravie qu'elle se mette enfin à aller au jardin...

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    1. Bonjour Lys Blanc et merci de ta visite, qui me touche beaucoup. Mon aînée est également une apprentie pâtissière, et elle commence comme la tienne à s'intéresser, par ricochet de gourmandise, à mes herbes aromatiques et fleurs comestibles... Avec elle, je pars également à la cueillette des baies et fleurs sauvages : la panna cotta et son coulis de sureau se marierait très bien avec avec les macarons au confit de coquelicot. Ta cadette a l'air incollable ! Je crois que les plus jeunes ont spontanément un vif intérêt pour les plantes, les animaux, le monde qui les entoure. Notre rôle de parent, c'est d'encourager cette inclination naturelle, et tu sembles le faire très bien !

      Comme tu l'écris, le jardin est une belle école de la vie. On l'oublie souvent mais le jardin, c'est la vie elle-même, toute entière, dans laquelle on occupe notre juste place. C'est sans doute pour ça que les moments qu'on y passe avec ceux que l'on aime semblent si naturels et parfaits. C'est aussi l'école du temps suspendu, hors accélération sociale. Un écrin de paix.

      J'espère te lire bientôt, c'est un plaisir,
      Geontran.

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